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les forcats du textile

Le secteur textile emploie plus de 500 000 personnes et reprsente le premier secteur manufacturier du Cambodge. Les plus grandes marques y font fabriquer leurs vtements, car c’est l’un des pays o la main d’uvre est la moins chre. Un eldorado pour les marques europennes et amricaines comme H Adidas, Gap, Target ou Mark and Spencer, mais galement pour leurs sous contractants, souvent chinois, ainsi que pour de nombreux intermdiaires locaux.

De leurs cts, les ouvriers cambodgiens, pays 80 dollars (58 euros) par mois pour six jours de travail par semaine, ont commenc se rvolter. En janvier 2014, ils ont fait grve pour rclamer un salaire minimum 160 dollars (116 euros). Aprs deux semaines de blocage des usines, la police est intervenue de manire extrmement brutale, faisant au moins 3 morts, des dizaines de blesss, et emprisonnant 23 protestataires .

“Je travaillais pour H ils doivent m’aider”

San Sok Chen travaillait pour l’usine Suntex, sous contractant de la marque H jusqu’en dcembre 2013. Lors des manifestations, il a t pass tabac par des policiers et laiss pour mort sur le bord de la route. Il souffre aujourd’hui encore de maux de ttes qui l’empchent de reprendre le travail. Il a enregistr un message pour demander le soutien d’H La marque europenne a rtorqu que son contrat avec l’usine Suntex ayant expir quelques jours avant ces incidents, elle n’avait aucune responsabilit envers son ancien ouvrier.

Van Sou Ieng est le prsident de l’Association des usines de confection textile du Cambodge, la Gmac. Multimillionnaire cambodgien d’origine chinoise,
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il est propritaire de deux usines de textile et de plusieurs htels. Il nous reoit dans le country club qu’il a fait construire en plein cur de Phnom Penh. Il reconnat que le Cambodge bnficie d’un avantage comparatif important par rapport aux autres ateliers du monde car ses produits sont exonrs de taxes lors de leur exportation vers l’Union europenne. En revanche, il considre que les ouvriers cambodgiens sont “fainants”. S’ils veulent gagner plus, une seule solution selon lui : travailler plus.

Interview de Van Sou IENG : premire partie

Interview de Van Sou IENG : seconde partie

Les grandes marques dnoncent demi mot la corruption de l’tat

Le gouvernement cambodgien a dcid une augmentation du salaire minimum dans le textile de 80 100 dollars par mois. Il a ensuite choisi la mthode forte pour mater le dbut de rvolte des ouvriers. Certaines grandes marques, comme H affirment pourtant tre prtes augmenter davantage les salaires et pointent du doigt le gouvernement cambodgien qui bloquerait les ngociations. Elles dnoncent demi mot la corruption de l’tat qui rendrait leur investissement au Cambodge plus coteux qu’il n’y parat.

“Je ne peux pas parler aux journalistes”

Nous avons demand des interviews trois des principales marques prsentes au Cambodge : Adidas, Gap et H Aucune n’a souhait nous rpondre ou nous autoriser visiter ses usines. Nous souhaitions notamment montrer aux responsables de H le message vido enregistr par l’ouvrier de leur sous contractant tabass en janvier. Et leur demander pourquoi un groupe faisant prs de 700 millions d’euros de bnfice annuel ne parvient pas augmenter les salaires de ses ouvriers. Face au refus d’H de nous rencontrer, nous dcidons de nous rendre, sans rendez vous, son bureau de Phnom Penh.

Notre tentative de rencontrer H

Pour la premire fois, les petites mains du Cambodge ont relev la tte

Les grandes marques, les usines, le gouvernement Tous se renvoient la balle pour justifier le blocage des salaires alors que tous font des profits considrables grce cette industrie. On demande aux ouvriers cambodgiens d’attendre, de courber l’chine et d’accepter la maigre augmentation obtenue en janvier. Moses, notre Observateur, est pourtant loin de dsesprer. Pour la premire fois, les petites mains du Cambodge ont relev la tte et fait valoir leurs droits. Et le got de la rvolte reste dans toutes les bouches.”Le textile est l’industrie la moins transparente du monde”

David Welsh est l’avocat de l’organisation syndicale amricaine AFL CIO. Il assiste les syndicats cambodgiens dans le processus de ngociation salariale. Il explique que la contestation se cristallise actuellement dans les deux pays les moins chers du monde pour la confection textile : le Cambodge et le Bangladesh. Il estime que les grandes marques sont accules et qu’elles doivent engager des ngociations avec les syndicats. Pour l’instant, elles se sont dgages de toute responsabilit en arguant que le paiement des salaires et les conditions de travail dpendaient de leurs sous contractants. Mais l’argument a fait long feu et leur image ptit des mouvements de contestation dans ces pays. L’objectif de ces entreprises tant par ailleurs de s’assurer un approvisionnement stable, elles seraient effectivement prtes, pour certaines, accepter une augmentation de leurs cots de production. Reste savoir si l’argent des marques bnficiera ensuite aux ouvriers cambodgiens ou viendra remplir les poches des multiples intermdiaires.
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